LOS CUBANOS


« La pluie continue de tomber ce matin par petites intermittences chagrines. Je sors, camara en bandoulière, parapluie comme une épée tenue par le ceinturon du père. Pas de sac à dos, pas de guide, pas de plan. Direction le Malecon pour me rendre à pieds à la vieille ville.
Passé l'ambassade des états-unis, je bifurque et traverse la calle 23 quasi au pied de l'hôtel Habana libre qui s'appelait « Hilton » avant la révolution. Je traverse toutes sortes de rues, de quartiers, toujours dans un bruit de voitures, de camions, de motos. Premier contact avec le zoo des touristes : la rue-galerie d'un artiste cubain qui écrit des sentences sur les murs. Je finis par me décoller du type qui veut me fourguer sa came et dit poliment à celui qui veut me vendre un jus de citron rhume à 5 Cuc dans sa cave humide que c'est trop pour mon budget.
Sortie de ce piège à touristes, je poursuis mon chemin vers la vieille ville. Il pleut abondamment et je zigzague sur les trottoirs costauds mais défoncés, plein de nids de poule qui dégorgent leurs eaux usées. Puis soudain, me voilà arrivée. Les bâtiments ont l'air flambants neufs. Des touristes partout ; je tombe par hasard sur la fameuse rue Obispo, la remonte ; la pluie a cessé ; une mendiante me fait la conversation tout en marchant et me voilà face au Capitole. Un top model attend d'être photographié ; je la shoote discrètement : elle m'a vue mais ne me regarde jamais. La Havane est une femme. Elle est fière et son autorité a la douceur de la persuasion. J'apprendrai plus tard avoir traversé des endroits qu'aucun étranger ne saurait voir. Mes pas ont eu une chance certaine, il ne m'est jamais rien arrivé de fâcheux. Seuls mes yeux ont souffert quand en plein jour, il faisait décidément nuit ».

Extrait de mon journal de voyage, de Santiago à la Havane, Cuba, décembre 2016.